Noir de l'âme - Les écritures vespérales

Les sentinelles nocturnes

Me semblerait-il reconnaître une sorte de fuite merveilleuse ? Une méthodique mise en œuvre qui exalte la perversion, par souci de beauté, par désir absolu. J'étais fasciné. Le cuir luisant sur la chair fraîche.

Joueur d’échecs translucide, nulle beauté en ce jeu de prières et de bières. Les verres s’enchaînent et laissent passer la lumière. Je n’ai d’autres choix que de poursuivre un rêve d’enfance où mes doigts fanaient les fleurs – Jardins misérables l’été et concours de décoration l’hiver, la vieillesse silencieuse. Le cri des chauves-souris, la nuit... La nuit ! Toutes ces incantations et autres hurlements n’ont qu’un seul objectif : la gesticulation de la survie. Ne pas sécher sans ne rien tenter, essayer et résister. Aligner des mots comme des instants, une fuite en avant, une transe chamanique, la folie et l’écriture, automatique, qui vampirise la moelle d’un cerveau déjà bien malade. Accrocher des cadres sur les murs, photos jaunies par la mélancolie, pâles souvenirs de vacances d’été ou sur la plage, grillé comme une cacahuète, je sombrais sous le sable et la vue des corps huilés. Ainsi, me semble-t-il, voici les premières notes de ma symphonie, un torchon abandonné...

Les sentinelles nocturnes chassent les restes d’une nuit offerte aux rêves mauves. L’éveil est rude. Par la fenêtre, enveloppé de brume, le vieux lampadaire clignote.

18 novembre 2022 - noirdelame.fr
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